Letters and articles
" Chère Michèle-Ange, je redescends ébloui de votre tour. Saisi tout de suite par l'invention, la force dans la perspective, et cette fulgurance... Puis le regard bouge, distingue : le cœur rouge de la peinture, la grande vague nocturne à gauche, et, à l'opposé, sous le grand arc tendu, cette étrange corne mythique pénétrant la nuit. Où la tour s'écrit d'autant plus lumineusement.
Cette fois, plus encore que lorsque je m'approche, par exemple, d'un satin de Watteau et y vois tout autre chose qu'un tissu, la parfaite écriture se métamorphose, je vois les longs plis d'une robe ancienne. Un ou deux pas de recul, et revient d'un coup cette dentelle de fer illuminée. (. . . )
D'un mot, le plus frappant, surtout chez une femme, c'est ce sens à la fois musical et monumental. "
Yves FLORENNE, writer and critic
"... mais j'ai tout de suite reconnu les tableaux de Michèle parmi ses voisins avant d'avoir lu la signature : l'arbre d'or, quasi humain, sur ce bleu qui hésite entre l'orage et la nuit, et cette "gestation" surtout, chargée d'une grande puissance de rêve, devant laquelle je suis longtemps resté. On parle toujours du sommeil d'Adam. Il m'a semblé voir là le sommeil d'Eve, et Michèle y exprime admirablement la connivence qu'elle a pu ressentir entre la gestation d'un enfant et la création du monde : on imagine trop cette dernière comme un geste viril et souverain, d'après Michel-Ange, alors qu'elle est peut-être autant le fruit d'une attente de l'amour, d'une patience aussi féminine que divine..., merci encore de cette vision."
La peinture de Michèle Le Gallo a d'abord exploré le labyrinthe organique: c'était comme à l'intérieur d'un corps où se combattent les forces de croissance et de destruction. Puis ce corps s'est ouvert à une lumière qui le désenchevêtre, l'allège, glorifie, fragment par fragment, ses secrètes couleurs : métamorphose semblable à celle que subit la vie obscure d'un saint quand il devient une figure de vitrail.
Jean-Pierre LEMAIRE, poet
Les toiles précédentes de Michèle Le Gallo évoquaient des paysages éruptifs, violents, comme si le surgissement créateur avait à rompre quelque obstacle. Dans d'autres œuvres en revanche rien n'émergeait, c'était des cheminements intérieurs le long de veines rutilantes ou obscures, en explorations obstinément frayées à travers le doute, ou attentives au lancinant travail de la maturation : " labyrinthe organique "selon le mot de Jean-Pierre Lemaire, parfois éventré de commotions libératrices.
Jaillissements ou scrutations, traversant les superficies ou sondant les nappes, ont progressivement dissous dans l'esthétique de Michèle Le Gallo les frontières convenues entre ligne et mouvement, surface et profondeur, organique et minéral. Surtout, ce peintre est de ceux qui récusent la traditionnelle opposition entre figuratif et abstrait: elle veut pouvoir au gré de son désir dessiner ou construire, représenter ou suggérer, structurer ou désigner. Toute lisière n'est bonne pour elle qu'à être franchie, au mieux prétexte à une féconde transgression, au pire, obstacle stérile. Aussi ne cesse-t-elle d'explorer le champ des possibles, cherchant matière à expression toujours nouvelle, non sans méfiance à l'égard des catégories a priori et de tout discours préfabriqué, ou de convenance.
Le maître mot de son travail actuel pourrait être le mixte. Elle mêle les matériaux et les techniques d'association ou de présentation, elle combine matières et manières. Mais qu'il s'agisse de plissements, fragments ou fractures, de cruciformes douloureux ou irradiés, d'entrelacs et trames implexes ou de placages métalliques, de visages tourmentés, granuleux et fermés au regard ou de faces lumineuses, de chevauchées immobiles ou de dignitaire pensif, que l'encre griffe papier, bois ou tissu, que les reliefs creusent carton mâché, feuille de cuivre ou pâte de couleur, que chantent les tons polyphoniques ou vibrent les camaïeux gris et bruns, ce sont toujours les formules les plus intenses de son exigence intérieure que recherche Michèle Le Gallo.
Jean LOTODÉ, critic
" Michèle Le Gallo oscille entre la figuration et une abstraction qui peut être organique ou minérale, mais montre toujours des effets de matières superposées. Elle utilise des papiers froissés, de la poudre de bronze ou des feuilles de cuivre sur lesquelles elle repeint, quelquefois à l'encre de Chine, et pratique des grattages. Ses tonalités restent sobres, entre les bruns, les noirs et ors, d'où parfois surgissent un rouge ou un bleu, tandis qu'un visage, une figure ou même un cheval peuvent aussi apparaître."
( Annie PAGÈS, in BENEZIT, the French painters Encyclopaedia, 1994)
Echos fluorescents aux vitraux,
Fluides soieries de lin pur,
J'ai dé-couvert cachemires
Des toiles étoles,
Des toiles étoiles.
Arborescences de vie
Arbres de Jessé ...
Signes, alpha oméga,
Imprimés aériens et flottants,
Recomposés, langue, langage,
Epousant les formes-Calligrammes,
Exquises esquisses qu'ils dessinent
Dans l'espace précieux.
D'autres lieux, d'autres cieux
Qu'on aurait quittés, chassés,
Peut-être,
Et qu'on retrouverait, libre,
Enfin, d'y vivre.
Marie-Yvonne BRINON, poet and artist
("Pour Michèle, le 11 mars 2007")